Retour sur l’interview réalisée avec la militante Marta Lempart, fondatrice et dirigeante de Polish Women’s Strike

Lundi, 9 Avril 2018

Après la chute du régime communiste, une loi stipulant l'illégalité de l'avortement a été votée en Pologne en 1993. Ces dernières années, de nouveaux projets de loi tentent de l’interdire complètement ou de le restreindre encore plus.  

POUR LA SOLIDARITÉ - PLS s’interrogeait déjà sur la question des droits sexuels et reproductifs des femmes polonaises.  Aujourd’hui, nous revenons sur une interview réalisée avec Marta Lempart.

Selon Lempart, rien ne va concernant le droit des femmes en Pologne. Des milliers de personnes militent contre les politiques qui tentent de contrôler le corps féminin : limitation des droits reproductifs (l’avortement, les soins périnatals). Par ailleurs, il est presque impossible d’obtenir une contraception d’urgence à temps avec une prescription. Les autorités polonaises ne cachent pas qu’elles veulent empêcher l’accès à la contraception et à l’avortement.

De plus, un grand problème de violence domestique existe en Pologne : près de 70 000 femmes ont été victimes de violences domestiques en 2015 et entre 400 à 500 femmes meurent chaque année en Pologne. Parallèlement, le parti politique Droit et Justice (PiS) envisage de se retirer de la Convention d’Istanbul*, car « son objectif est d’imposer la vision du monde de la gauche selon laquelle le genre n’est pas un fait biologique», d’après Jadwiga Wiśniewska, une eurodéputée polonaise (ECR/PiS).  Parallèlement à cela, les financements prévus contre la violence domestique ont été reversés à des organisations religieuses. C’est l’Église catholique avec l'objectif de ne pas « briser la famille » qui se charge de la lutte. Cette approche empêche les femmes de fuir cette violence.

Lempart mentionne également leur lutte pour mettre en place des cours d’éducation sexuelle, qui existe déjà sous la pratique d’un endoctrinement religieux.

Si l’avortement est criminalisé en Pologne, son coût doublerait ou triplerait. Cette hausse du prix rendrait l’avortement impossible et seuls les plus aisés pourraient se le permettre.

Elle conclut son interview avec une question : comment impliquer toutes les couches sociales dans cette lutte, sans exclure plus de 50% de la population qui vote pour les partis conservateurs.

« Je veux que l’État soit pour tous, tant qu’il ne s’oppose pas aux droits et aux libertés. L’État ne peut pas mener une politique qui coûte la vie à certaines femmes. Tout comme les racistes ou les néonazis n’ont pas leur mot à dire dans le débat, ou les misogynes qui veulent nous forcer à procréer. La haine n’a pas sa place dans le débat. »

 

*La convention du Conseil de l'Europe, adopté en 2011 à Istanbul, sur la prévention et la lutte contre la violence à l'égard des femmes et la violence domestique.

Pays: 

Pologne